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Débat sur la retouche photo : exemple de Paul Hansen – prix World Press Photo 2013

Un article intéressant sur le site du Nouvel Obs traitant de l’éternel débat de la retouche photo.  Est-elle synoyme de « tricherie » ? Jusqu’où peut-elle aller ?

http://tempsreel.nouvelobs.com/photo/20130221.OBS9691/world-press-photo-2013-la-victoire-de-photoshop.html

L’article traite du cas de la photo de Paul Hansen récemment récompensée par le prix World Press Photo 2013. Une photo à la composition magnifique et qui possède une vraie force émotionnelle, mais dont le traitement presque « cartoonesque » peut effectivement faire débat.

Chaque contexte étant différent et la limite d’acceptation de chacun étant très subjective, il est impossible de répondre simplement à ces questions, je vais donc juste apporter mon point de vue personnel.

Le photographe, un auteur libre

Pour commencer, je pense qu’ il est important de partir d’un postulat de base : un photographe est un auteur. Et un auteur est libre d’utiliser tous les moyens qu’il a en sa possession pour réaliser « son » oeuvre, l’ oeuvre qu’il a en tête.

A partir de là, qu’il utilise un appareil photo, un pinceau, un burrin, un violon ou le logiciel Photoshop pour créer « sa » vision, on ne doit pas le juger. On peut juste adhérer ou non au résultat final.

Je pense donc que ce débat sur la retouche ne doit pas dépendre de l’utilisation ou non de Photoshop par un auteur mais plus des conséquences que cette utilisation peut avoir sur le spectateur . Et donc de l’ « honnêteté » de l’auteur vis à vis des spectateurs. Je m’explique.

La retouche doit être adaptée et assumée

Je pense qu’une fois son image réalisée, l’auteur ne doit pas « mentir » aux personnes qui regardent cette image. C’est à dire que la retouche doit être assumée et qu’elle ne doit pas avoir de conséquences trop lourdes vis à vis du spectateur. Par exemple, dans le cas de la photo de Paul Hansen, si nous apprenions un jour que les hommes au premier plan ne transportaient pas des corps d’ enfants mais des sacs de sables et que ces sacs avaient été remplacés sous Photoshop par des corps d’enfants, les conséquences seraient terribles. Les spectateurs se sentiraient trahis et Paul Hansen n’aurait plus aucun crédit à leurs yeux, sa retouche serait alors à raison considérée comme tricherie.

Maintenant, si on prend comme exemple un portrait d’une personne qui a un gros bouton sur le front.  Si la photo est destinée à un magazine de mode, ce gros bouton sera naturellement gommé sous Photoshop et personne ou presque ne s’en plaindra. Mais si cette photo est destinée à un magazine de médecine pour montrer un exemple de bouton purulent, l’auteur ne devra en aucun cas le modifier (ni l’atténuer ni l’accentuer). Dans le cas contraire, les lecteurs se sentiraient trahis en l’apprenant et le magazine perdrait tout crédit également.

En conclusion

Je pense donc qu’il ne faut pas condamner trop vite la retouche d’image et que la considérer par principe comme « tricherie » est infondée. Sa remise en cause dépend seulement du contexte et du degré de retouche.  Chaque cas doit donc être considéré un à un. L’auteur, lui, tant qu’il reste honnête, doit être libre d’utiliser tous les outils possibles pour exprimer « sa » vision du sujet traité et la rendre meilleure que celle que son appareil photo et son objectif ont rendu. Car au final la « bonne » vision d’un sujet est celle de son auteur, pas celle de son appareil photo.  Libre au spectateur ensuite d’adhérer ou pas à cette vision d’auteur.

Un commentaire

  • pika 4 Juin

    Gros débat en effet, de mon point de vue on peut parler de tricherie sur des sujets d’actualité (information, reportage, etc) car c’est une information que l’on cherche qui doit coller au plus réel des faits.
    Pour les photos plus artistiques la photo prise est une base pour le travail du photographe qui devient alors artiste. On peut dés lors parler de travail pour sublimer un point de vue ou une image, ici on cherchera plus une impression. En travail studio rien n’empêche de reprendre la photo si la pose d’un modèle ne plait pas, de faire une retouche maquillage, de modifier les éclairages. Un tri est alors fait et on ne garde que celles qui conviennent le mieux. Pour garder la notion de vérité il faudrait alors montrer aussi les photos non sélectionnés et ce n’est évidemment pas le but recherché.

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